Encouragé en 1778 par son médecin à se mettre au frais avant les grandes chaleurs de l’été, Jean Jacques Rousseau se rendit à Ermenonville sur l’invitation de son propriétaire René de Girardin qui rapporta les propos du philosophe, émerveillé par le lieu à son arrivée : « Ah, monsieur ! s’écrie-t-il en se jetant à mon cou, il y a longtemps que mon cœur me faisait désirer de venir ici et mes yeux me font désirer d’y rester toujours.(…), Vous voyez mes larmes, ce sont les seules de joie que j’ai versées depuis bien longtemps, et je sens qu’elles me rappellent à la vie.“…
Héritier du domaine depuis 1762, René de Girardin avait réalisé un voyage d’études en Europe comme il était de bon ton de le faire au XVIIIe parmi les gens de la haute société. De ce voyage, ce sont surtout les jardins paysagers tels qu’il put les admirer en Angleterre qui laissèrent sur lui une forte impression.
Il fit alors appel au peintre Hubert Robert, qui deviendra ensuite le paysager de Marie Antoinette pour le parc du Petit Trianon, et créa en 10 ans, l’un des parcs paysagers les plus impressionnants du continent. S’inspirant des idées « naturalistes » de Jean Jacques Rousseau, René de Girardin ambitionnait de créer à l’échelle d’un paysage, une œuvre picturale, poétique et philosophique comme il le précisera dans le manuel qu’il publiera par la suite* « Ce n’est donc ni en Architecte, ni en Jardinier, c’est en Poète & en Peintre, qu’il faut composer les paysages, afin d’intéresser tout à la fois, l’œil & l’esprit »
Son projet d’envergure était pensé comme une expérience esthétique et éthique, capable de produire l’émotion que peut susciter la vue d’un tableau. L’ensemble du parc intégrait les différents plans du paysage comme dans une composition picturale : aux premiers plans, les parties du village, au deuxième plan, les monuments architecturaux du voisinage (abbaye et donjons), et au dernier plan, les forêts et fermes plus éloignées.
Dans la partie la plus proche du château, les différents secteurs étaient conçus pour être visités à un moment donné de la journée, selon leur éclairage. Le jardin devait à travers l’expérience d’une promenade, éveiller les trois consciences du visiteur : les yeux via le spectacle du pittoresque, l’esprit via les références des fabriques à la poésie, et enfin l’âme via le romantisme émanant du lieu.
Jean Jacques Rousseau passa six semaines à Ermenonville quasiment enfermé dans la « cabane du philosophe », fabrique du Désert de la partie nord-ouest du parc. Le 2 juillet vers midi, il subit une crise d’apoplexie dans son petit pavillon, et décèda le soir même à l’âge de 66 ans.
Son tombeau, sculpté par Jacques Philippe Le sueur sur les dessins d’Hubert Robert fut placé dans le parc sur l’ile des peupliers et devint un lieu de pèlerinage pour tous les partisans des doctrines politiques du philosophe. Aujourd’hui, le tombeau n’est plus qu’un cénotaphe, la tombe originelle ayant été transférée au Panthéon en 1794.
Inondé plusieurs fois, ayant subi de nombreux saccages au moment de la Révolution puis le manque d’entretien des propriétaires ayant succédé à Girardin, le parc Jean-Jacques Rousseau est la propriété du Conseil Général depuis 1985 et fait l’objet depuis d’un vaste programme de restauration.
Il n’offre plus les vues organisées par le marquis de Girardin mais parmi les nombreuses fabriques : grottes, moulin, ermitage, prairie arcadienne, obélisque, fontaines, kiosque, lavoir, ponts, théâtres, etc… datant du XVIIIe, certaines sont encore en bon état ou restaurées, notamment le temple de la philosophie (2) érigé en l’honneur de grands penseurs (Michel de Montaigne, Isaac Newton, Descartes, Voltaire, William Penn, Montesquieu et Jean Jacques Rousseau), dessiné par Hubert Robert et volontairement laissé inachevé pour exprimer l’idée que la philosophie est une discipline toujours en question, et qu’elle n’a pas encore atteint ses idéaux.
Dans le cadre du tricentenaire de la naissance de Jean Jacques Rousseau, le 28 juin 2012, de nombreuses manifestations sont organisées à Ermenonville, pendant tout l’été : Promenades guidées et contées, expositions et spectacles d’œuvres littéraires, cinématographiques, musicales, numériques, ateliers, cafés philo, etc… ,
Visiter Ermenonville, c’est donc découvrir un lieu chargé de sens et d’histoire, et en apprendre davantage sur le philosophe auquel on attribue quasiment la colorature du mouvement romantique français.
“Décrire Ermenonville, c’est expliquer Rousseau, c’est exposer son oeuvre!”.
*GIRARDIN , René de, De la composition des paysages sur le terrain ou des moyens d’embellir la nature près des habitations en y joignant l’agréable à l’utile. 1777.
Evénements Jean Jacques Rousseau 2012
Illustration diaporama : Antoine-Honoré-Louis Boizot, 1813
Crédit photo : Alan Humerose




