1. ” Bouleau ” Schloss Grubenhagen / Allemagne / 2011
2. “Windflüchter” Ahrenshoop / Allemagne / 2011
Les arbres ne sont pas « traités » par Gudrun von Maltzan comme des individus mais assez curieusement dans un ensemble de déplacements « en clairière », en série de reprises. Si le résultat est quelque peu « chinois », la méthode est toute différente et se déploie dans une grande labilité du trait comme griffonné en passant.
Fragilité ou solidité d’un « inter-monde » ? Images renversées, basculées dans un miroir d’eau. Heidegger parle du pli de l’être et de l’étant dans l’écart duquel ils communiquent. Il est possible de pousser à l’extrême cette image d’une feuille de papier qu’on plie et qu’on déplie. Rabattus l’un sur l’autre l ‘être et l’étant sont dans un même plan et tous les deux cachés ! Entre reflet basculé, image et réel hésitant se dessine tout un monde, l’inter-monde.
Gudrun von Maltzan recréé des arbres à partir de l’esprit du lieu où elle a pu s’immerger ; les arbres sont crédibles dans le sens où ils se rappellent à son souvenir pourrait-on dire. Des arbres qui « se montent » comme une pâte se lève, qui se montent comme on « monte » les noirs en dessin. La croissance est accompagnée, ré-inventée par la plus grande intuition du moment et du mouvement de voir. Elle dessine la place d’un arbre, cette « région phénoménale » où il peut prendre place, où sa forme a été rendue possible (par le talus, le climat, l’acidité du sol, le goût de la terre, tout ensemble).
Silentes clameurs, les confins, les débords, se faire l’unique arpenteur de ses propres traces en répétitions et recouvrements. Le recueillement du sensible, évanescence fixée, « templum » ; ce geste dans l’air par lequel les augures désignaient une construction fictive et à venir, quelque chose qui « pourrait » exister, tout comme le « vacum formarum de Liebniz. Feuillage, voilure, densité, le vent passe, l’air circule, la lumière vibre, « ce qui s’ordonne selon la clarté d’un jour juste » Maurice Blanchot
Forma en latin c’est le moule, avant de devenir la beauté, qui contient et retient sa matière. En quoi la trace et le moule sont-ils fabriqués ensemble ? Au moule qui retient elle serait le retenu, « la » retenue ?
Aux fibres de cet espace, la conspiration des couleurs. Faisceaux convergents, divergents de courbes, de lézardes, d’obliques en expansion jusqu’aux limites du regard. L’idée absolue n’a plus sa marque de fabrique, pourtant on peut dire de la moindre brindille qu’elle est sensible à la trace matérielle qu’elle adopte. Mais l’idée n’est peut-être pas perdue, comme le fil ne l’est pas lorsqu’il passe de l’autre côté de l’étoffe.
Jean-Louis Vincendeau


