Derrière un écran de végétation, le parc de l’île Saint Germain abrite une communauté de jardins offrant chacun un cadre à la profusion, comme autant de tableaux de nature à voir et à vivre. Les ambiances se succèdent, les imaginaires s’éveillent, les compositions végétales interpellent. Du pont d’Issy, le lieu paraît opaque, une fois ici, il semble infini.

Partout la nature s’en mêle, prend la parole, orchestre l’indiscipline, reste maître d’œuvre de la création. Partout la nature s’emmêle, se joue, se noue et crée des compositions inédites, surprenantes, insolites.

Le jardinier ne fait qu’accompagner, ‘encadrer’ pour mieux mettre en exergue le foisonnement d’une nature libre et respectée.

Sur une vingtaine d’hectares ceinturés par la Seine, le parc propose plusieurs espaces de vie possédant chacun sa propre clôture (pergola, treillis, murets bas, bordure en bois,…) pour assurer à la fois son identité et son intimité. Entre ces différents jardins, les transitions, aussi douces que variées, évitent les ruptures trop marquées et garantissent une unité à l’ensemble du lieu.

Dans le jardin antérieur, jardin sec et caillouteux où s’épanouissent les lavandes, plantes aromatiques, oliviers, roses trémières et pins d’Alep, mis en musique par les grillons et les abeilles, on ressent la chaleur des garrigues et les vues de Cézanne.

Dans le jardin des graminées, les miscanthus, fétuques, herbes aux écouvillons et bouquets de bambous dansent aux vents,  insufflant une poésie cinétique et frissonnante. (3)

Dans le jardin des imprévus, l’atmosphère est plus picturale et plus ronde, les différentes hauteurs de végétation, arbustes et arbres, forment des panoramas évoquant la végétation sauvage de petites altitudes, où règne un fouillis floral foisonnant entre des allées tondues.

Dans le jardin des découvertes, le potager mélange herbes et fruits, couleurs et légumes, floral et nourricier pour rappeler que les alliances entre plantes peuvent être aussi fertiles que décoratives. (1)

Autour du jardin des messicoles, à l’opposé de la mixed border où les végétaux sont intégrés en bloc dans une composition de masse,  chaque plante a son identité, existe et se détache pour former des parterres composites jouant sur les différences de hauteur et de couleur. (2)

L’île a aussi un je ne sais quoi d’île enchantée avec son manège à chevaux et ses aires de jeux pour enfants. Au centre et à une des extrémités du parc, de vastes aires de gazon sont investies par les familles, les ballons et les frisbees. (4)

Très loin du vocabulaire traditionnel des parcs publics, le territoire de l’île a une histoire moins formelle. Au XIXe, il est aménagé pour faire la démonstration des avancées agricoles de la France lors de l’Exposition Universelle de 1867. Quelques années plus tard, les habitants se battent pour sa reconversion en zone naturelle protégée contre un projet de prolongement industriel des usines Renault. Le parc Saint Germain sera l’un des premiers espaces verts à mettre en place des modes de gestion dans le souci de la diversité et du respect de l’environnement.

L’île conserve aujourd’hui cette double vocation de lieu d’exposition et de lieu de bastion. Ses multiples jardins sont autant d’éloges à une nature à profusion, judicieusement accompagnée et mise en scène au service d’un discours qui milite pour que le vrai soit le garant du beau.

Les circulations étant, en outre, particulièrement bien étudiées pour que les vélos, les poussettes, les joggers et les amoureux trouvent chacun leur itinéraire, ce lieu est à découvrir sous plusieurs formes.

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